[  ... des masques de tissu déchiré-collé.]


1980 - 2005 

Le temps des masques

  Entre 1980 et 2005, j'ai créé de très nombreux masques pour le théâtre. C'est dire que mon rapport artistique aux visages est inscrit dans la longue durée. Avant d'en venir à l'art traditionnel du portrait, dessin et peinture en deux dimensions, je suis passé par la sculpture, le travail du volume dans différents matériaux.

J'ai travaillé la terre, le plâtre, le cuir, le métal, des matières plastiques, mais aussi le papier, le tissu collé, toutes matières, toutes techniques qui pouvaient servir un projet artistique, auquel je participais.

 


Masques de tissu déchiré-collé, peints à la peinture acrylique,
créés en 2001 pour L'Homme prudent de Goldoni.
Création de la compagnie Interligne de Tour
-  Patrick Harivel et Christine Mariez  -

      

 


J'ai ainsi tenu dans mes mains le poids et le volume des têtes humaines. Fasciné par les visages, j'ai observé comment l'hérédité, les caractères, les émotions, les sentiments, les habitudes façonnent nos traits depuis l'os, (toujours présent alors même qu'on l'oublie), jusqu'à la surface glorieuse ou défaite de la peau où s'inscrit, au cours des ans, ineffaçable, dans nos muscles et dans nos rides, ce que nous avons été, ce que nous sommes...

Dans l'usage courant, masquer veut dire dissimuler. Un bon masque de théâtre, au contraire, révèle le personnage. C'est un objet tout de surface mais qui ne tire sa valeur que de l'intériorité qu'il déploie. 

 

 

        

  J'ai ainsi eu la chance de collaborer régulièrement avec des metteurs en scène, des troupes de professionnels ou d'amateurs, des écoles de théâtre, des comédiens isolés.

Coincé entre sculpture et théâtre, le créateur de masques a du mal à exister, mais depuis cette position très modeste, il participe à la recherche théâtrale. Son intervention peut être anecdotique, au service d'un simple effet spectaculaire, mais il occupe d'autres fois une position centrale : créant le visage du personnage, il induit en même temps son corps... Dès lors, le comédien doit se mettre au service du masque, trouver le souffle, la voix, la silhouette, l'énergie qui lui sont propres. Exercice particulièrement utile à la formation des acteurs.


Un masque n'est pas un objet comme les autres, c'est une présence. Il ne saurait être jeté ni maltraité sur scène ni en coulisse. On lui doit des égards. Dans mon atelier, chacun d'eux a eu droit, dans des carnets qui se sont succédés au fil des années, à une page d'un véritable Etat-Civil. Elle comporte son nom, sa date de naissance, son destinataire, ses caractéristiques techniques, les diverses intentions qui ont présidé à sa naissance. Le premier sur cette sorte de registre est un Arlequin en date du 2 août 1981 et le dernier, un Pulcinella du 2 mai 2008 qui porte le N° 1370.

 

 

       

     Photographies, Compagnie Interligne

                        

       "Un bon masque est une masse d'énergie concentrée qui exerce sur l'acteur une force terrible, presque magique.  Celui qui l'essaie change de souffle, de regard, de voix. Il change de pos­ture, il se redresse ou il se tasse. Il change de lan­gage. Il peut découvrir en lui-même des facettes, des personnalités qu'il ne s'était jamais autorisé à laisser vivre.

        Si l'acteur "trouve" le masque, alors seulement le travail du créateur de masques est accompli : son oeuvre vit, elle rit, elle parle ! Les spectateurs ne voient même plus le masque, malgré sa couleur et l'élastique peut-être qui dépasse! La fusion s'est ac­complie. Le comé­dien et le masque ont tous deux disparu pour donner naissance à cet être plus vivant que les vivants, particu­lier et universel, le personnage.

       Et un même masque pourra être trouvé différemment par des acteurs différents. Nouvel émerveillement."

                                                             LD Rama
                                     Pour un renouveau du théâtre masqué
                                                            7 mars 1994

 

        

                                                                                                            Saint-Didier, le 3 août 2020






Dernière modification le 17/10/2020



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Dernière mise à jour le zp 17/10/2020