Décembre 2008 - Janvier 2009



VISAGES DE LA RUE

(Acrylique sur contre-plaqué, 100 x 200 cm)

J’ai appelé ce tableau Visages de la rue, pour reprendre les premiers mots d’un très court poème de Jules Supervielle tiré du recueil Les Amis inconnus, datant de 1934, poème qui m’accompagne depuis longtemps :

                                Visages de la rue, quelle phrase indécise
                                Ecrivez-vous ainsi pour toujours l’effacer,
                                Et faut-il que toujours soit à recommencer
                                Ce que vous essayez de dire ou de mieux dire ?

Et c’est ce même poème que j’ai enroulé autour du tableau, mots qui s’imposent et s’effacent tour à tour, comme les visages qui viennent à nous et disparaissent…

Ces 48 visages surgissent. Le spectateur est invité à les croiser et à soudain les voir, les regarder, les dévisager. Chacun avec sa propre présence, sa propre histoire, son propre poids, sa beauté particulière. Chacun requiert, exige notre attention, celle que précisément nous sommes incapables de lui donner, - ou contraints de lui refuser - chaque jour, lorsque par milliers nous nous croisons dans la rue.




Ce tableau a une petite histoire. Il s’inscrit dans la continuité longue d’une démarche artistique, mais il est aussi le produit  de circonstances fortuites.

L’anecdotique d’abord : un petit concours de peinture proposait des contraintes apparemment contradictoires : le travail devait être monochrome (soit rouge, soit blanc, soit bleu… ou à tout le moins s’inscrire dans une dominante bien affirmée…) et il fallait traiter le sujet suivant : la couleur de l’autre, la tolérance. Outre le sujet lui-même, c’est la contradiction même, qui m’a donné envie de chercher, de travailler.

 


La continuité, ensuite : je travaille sur le visage,  l’image de l’Homme, depuis très longtemps. J’ai créé des masques pour le théâtre depuis la fin des années 70. Je continue toujours de me demander ce que je vois quand je vois un visage, quand je le dessine, et, chaque fois, je ne sais trop ce qui va se révéler. Ainsi, dans le cadre du festival Foi et Culture en Ardèche, qui avait pour titre
Voici l’Homme, j’avais exposé à Voguë un triptyque intitulé les Hurlants, les Dormants et les Eveillés, et à Aubenas un grand tableau, un Ecce homo, tous travaux composés uniquement de visages.




Je récidive donc en proposant une grande surface (100 x 200 cm) où se croisent, se juxtaposent, se rencontrent, se cotoient, se fuient, 48 visages dont j’ai cherché à faire ressortir la diversité non par les couleurs, mais par les signes plastiques. Formes de visages, bien sûr : pas de nez, pas de front, pas de regard, pas de chevelure qui ne soit unique, précieux, irremplaçable. Eléments de vêtements qui disent eux-aussi des identités, des âges, des cultures, des origines différentes… Mais aussi et surtout, code, conventions de représentations, eux aussi multipliés, renvoyant à différentes sources, différentes époques de notre culture picturale… Ainsi voyons-nous se croiser, dans la foule de cette rue, un autoportrait de Cézanne et un autre d’Otto Mueller, un Pape portraituré par Vélasquez, une gueule cassée de Otto Dix, le visage d’un masque péruvien et un autre de tradition tyrolienne, des visages de BD, de photographie, et d’autres de cinéma … !






Dernière modification le 05/08/2020



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Dernière mise à jour le zp 17/10/2020