[... de gros masques / sculptures en résine de polyester peinte. ]
Iphigénie de Michel Azama
Création 1995 de l'Atelier Théâtre de Bollène, mise en scène : Michèle Sébastia
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Quand Michèle Sébastia est venue me trouver en 1994, elle avait une idée. Elle voulait des masques pour les Dieux assemblés au prologue de la pièce. Dieux de l'Olympe, joueurs, jouisseurs et cyniques, qui regardent de très haut la vie des hommes sur la terre. Ils se disputent puis s'accordent pour demander la vie d'Iphigénie : ... ce serait une expérience à tenter !
Dès qu'il a été question de représenter par des masques des Dieux terribles, terrifiants et indifférents aux souffrances des hommes, j'ai pensé au masque millénaire de la Gorgone. |
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La Gorgone

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Gorgo est le masque le plus archaïque de la culture grecque. Yeux exorbités, nez petit, langue pendante hors d'une large bouche ouverte et garnie de dents menaçantes, ce masque fascine et terrifie. La Gorgone avait, dit-on, le pouvoir de pétrifier quiconque la regardait en face. C'est pourquoi on attribuait aussi à sa représentation, au fronton des maisons ou sur les boucliers des soldats, un pouvoir protecteur.
J'ai tout de suite eu envie de construire toute une famille de Dieux sur cet archétype, archétype qui rejoint aussi les masques de démons du sud de l'Inde et de l'Indonésie.
L'idée a plu à Michèle et à sa troupe et je me suis mis au travail. C'était, pour nous tous, un défi stimulant d'être confrontés à une grande tradition. Un bonheur aussi. On en reçoit une force, on doit s'en montrer digne et la transmettre..
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Aphrodite Dieu IV réjouie, curieuse, stupide ricanant et excité
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Le roi Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie pour obtenir des dieux les vents favorables à l'embarquement de ses troupes vers Troie, la guerre, la victoire...
Ainsi Euripide, en son temps, par l'artifice des Dieux, pose au centre du théâtre - et donc de la cité ! - la question la plus crue : A quoi sommes-nous prêts à sacrifier nos enfants ? Dieu ? la patrie ? la victoire ? l'économie ? notre confort... ?
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Athéna Dionysos forte matrone paillard, rigolard et cruel agressive, rouspetteuse et colérique
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Le thème de l'enfant sacrifié, du massacre des innocents, court partout, dans les contes, les mythes, les romans... Il fait aujourd'hui l'actualité de nos journaux. La tragédie d'Iphigénie n'est pas une bouleversante légende d'autrefois, c'est l'atroce histoire d'aujourd'hui.
Michel Azama a écrit cette pièce en 1991, au moment de la guerre du Golfe et il a dédié sa pièce à la jeunesse...
Il a fait présider son assemblée des dieux par le dieux Kronos, leur père à tous, un vieillard cacochyme, gentil, faible, incapable de décision ...
La faute aux dieux ? - Les dieux, c'est nous !
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Kronos

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"Ce n'est pas que rien n'ait changé, c'est que tout est devenu pire : chaque jour dans un lieu du monde moderne s'accomplit le sacrifice de milliers d'Iphigénies.
Le théâtre ne change rien au monde. Puisse-t-il continuer longtemps d'interroger quelques consciences."
Michel Azama
Photographies Christiane Degraeve Saint-Didier, le 4 août 2020
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